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Press Review



March 15, 2005
Aviation : la région des convoitises
IBL Aviation compte lancer son Beechcraft 1900D, qui a la même capacité que l’ancien Twin Otter d’Air Mauritius, sur la ligne Maurice-Rodrigues pour concurrencer la compagnie nationale d’aviation. TRAFIC INTER-ÎLES
Les dessertes régionales n’ont jamais été aussi convoitées. IBL Aviation, première compagnie privée, accueille son avion en avril. Et le projet African Islands Airways est dépoussiéré.

Un petit point, à l’horizon, qui ne cesse de grossir sous le regard des invités et des applaudissements à l’atterrissage. Le rituel entourant l’arrivée d’un nouvel avion avoisine le cliché. Le mois prochain, un appareil flambant neuf fera son apparition à Plaisance. Cette arrivée bouleversera toutefois les stéréotypes : l’avion n’arborera pas les couleurs d’Air Mauritius mais d’IBL Aviation.

Cette société a fait l’acquisition d’un Beechcraft 1900D pour desservir un hôtel de luxe que le groupe IBL se propose de construire à Agalega. L’établissement n’est qu’au stade de projet et ne devrait pas être opérationnel avant fin 2006. Or, IBL Aviation devra rentabiliser le lourd investissement que sont l’acquisition d’un avion neuf et la construction prochaine d’un hangar-terminal dans le Corporate Jets Area de Plaisance.

“L’avion transportera techniciens et équipements qui accéléreront la construction de l’hôtel, mais c’est vrai que nous avons des visées régionales”, déclare Philippe Darimont, directeur d’IBL Aviation.

Cette société deviendra la première compagnie aérienne intérieure privée quand elle commencera à desservir Rodrigues. Selon Philippe Darimont, le feu vert du gouvernement a déjà été obtenu. En vendant des billets d’avion au grand public, IBL Aviation concurrencera frontalement Air Mauritius sur la ligne Maurice-Rodrigues.

“Rodrigues est loin d’être une ligne profitable mais en tant que compagnie nationale d’aviation, il est de notre devoir de désenclaver cette île”, explique Megh Pillay, directeur général d’Air Mauritius.

Ce devoir nécessite des sacrifices particuliers. S’il n’y avait pas Rodrigues sur sa carte de destinations, Air Mauritius se serait volontiers passé des avions à hélices, soit les deux ATR-42 et l’ATR-72. Les jets sont moins onéreux à opérer mais ne peuvent pas se poser sur la petite piste de Plaine-Corail. Leur capacité est aussi trop forte pour le trafic domestique.

Les petits parcours en avion coûtent plus cher au kilomètre car les appareils consomment beaucoup de carburant sur une courte distance. Or, le billet Maurice-Rodrigues coûte moins cher qu’un Maurice-Réunion. Air Mauritius minimise ses revenus sur la ligne rodriguaise afin de garder les billets à la portée des bourses et ce, même si elle opère cette route à perte. Le transporteur peut se permettre ce luxe car il subventionne les opérations peu lucratives avec les profits réalisés par ses long-courriers. Au cours des cinq dernières années, les pertes réalisées par la ligne rodriguaise se sont élevées à plus de Rs 250 millions.

“IBL Aviation ne peut jouer avec des subventions croisées comme le fait Air Mauritius. L’hôtel pourra rentabiliser les vols vers Agalega mais pas les opérations sur Rodrigues. A moins, bien sûr, qu’IBL voit beaucoup plus grand…”, soutient un spécialiste de l’aviation locale.

“Ce n’est pas le moment propice” Sur le moyen terme, IBL Aviation ne disposera que d’un avion. Le Beechcraft peut transporter 19 personnes et environ deux tonnes de marchandises sur un rayon de 975 kilomètres. Cette portée est suffisante pour envisager des vols sur la Réunion et Madagascar, marché de 140 000 voyageurs en 2004.

La desserte des autres destinations régionales est plus compliquée car elle est régie par des accords bilatéraux. Au niveau de la Réunion par exemple, la France et Maurice doivent se mettre d’accord sur la désignation des compagnies aériennes et le nombre de fréquences, entre autres. Air Mauritius et Air Austral se partagent ainsi le marché.

“Nous avons une ambition régionale, mais tout dépendra de la diplomatie et la disponibilité de notre avion”, fait ressortir Philippe Darimont.

Créer une compagnie aérienne régionale à Maurice n’est pas une nouvelle idée. A la fin des années 90, Georges Chung Tick Kan et ses partenaires avaient investi gros pour faire décoller l’African Islands Airways (AIA), un transporteur régional. Le projet est resté dans les tiroirs du gouvernement mais d’aucuns affirment que le dossier vient d’être dépoussiéré. Certains investisseurs locaux ont également souligné leur désir de relancer l’AIA.

“Je ne suis pas chaud à faire revivre ce projet car ce n’est pas le moment propice. Si le gouvernement donne son feu vert à l’AIA et si d’autres partenaires veulent investir, je suis prêt à les aider mais il faudra tout revoir car les données ont changé”, dit Georges Chung Tick Kan.

Le décollage d’IBL Aviation et une éventuelle relance de l’AIA ramènent le transport régional sur le tapis. Si Air Mauritius veut bien offrir la desserte de Rodrigues avec emballage cadeau à IBL, tel n’est pas le cas pour les autres destinations régionales. Si le trafic inter-îles est peu lucratif, c’est le rôle de ces lignes comme feeder routes qui est important. La compagnie nationale puise dans ces pays car elle dessert plus de destinations que les autres transporteurs régionaux, transformant du même coup Plaisance en hub.

“Les vols régionaux alimentent les long-courriers qui sont notre gagne-pain. Bouleverser cet équilibre serait néfaste à la compagne nationale”, précise Megh Pillay. Air Mauritius transporte 1,1 million de passagers annuellement mais seulement 60 % d’entre eux commencent ou terminent leur voyage à Maurice. Le reste est constitué de personnes qui sont originaires de ou qui terminent leur voyage dans la région.

Implications énormes

Air Mauritius ne veut créer aucune brèche pour le groupe IBL. Si Maurice opte pour le multiple designation afin de laisser entrer IBL Aviation dans le bal du trafic international, les implications sont énormes. La société privée pourrait éventuellement demander à assister à toutes les négociations bilatérales et même concurrencer Air Mauritius sur le long-courrier.

Le mois prochain verra également le lancement d’une autre compagnie aérienne, General Aviation Mauritius (GAM). Cette société louera des avions et fournira des services au sol pour des jets privés de passage à Plaisance. “Nous n’avons aucune intention d’opérer des lignes commerciales. Nous laissons cela aux spécialistes”, précise Nirvan Veerasamy, directeur de GAM.

Tous les yeux sont ainsi braqués sur le Beechcraft. Son arrivée permettra de mieux connaître la stratégie d’IBL Aviation…et la stratégie gouvernementale en matière de transport aérien régional.

Source:  L'Express 15 Mars 2005.





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