
Press Review
| February 15, 2004 | |
| Mare-Chicose dans des eaux troubles | |
| D’allégations en affirmations, l’opposition s’est montrée intraitable lors de la Private Notice Question (PNQ) portant sur la gestion du Centre d’enfouissement technique (CET) de Mare Chicose. Majorité et opposition étaient en effet à couteaux tirés.
Pour le leader de l’opposition, une commission d’enquête doit être instituée. “Il y a eu favoritisme dans le dossier du CET de Mare-Chicose”, soupçonne-t-il. Navin Ramgoolam évoque les dépenses de l’Etat envers la Société de traitement et d’assainissement des Mascareignes (STAM), gestionnaire du site. “Comment expliquer la hausse massive dans les paiements ! Il y a même eu des augmentations de plus de quatre fois le montant initial”, questionne-t-il. Le leader de l’opposition critique aussi la proximité d’un des conseillers du ministre des Administrations régionales, de Rodrigues, du Logement et des terres, Joe Lesjongard, responsable du dossier avec la STAM. Et ce dernier de répliquer qu’“il y a des explications techniques”. Pour l’année financière 2000-2001, le gouvernement a versé Rs 64,5 millions (Rs 2,5 millions par mois) contre Rs 102,2 millions (8,5 millions mensuellement) en 2002-2003 au gestionnaire du site. Pour divers travaux ayant trait au centre, le gouvernement a également payé une somme additionnelle de Rs 17 millions à la STAM, filiale d’IBL. Le contrat de la STAM a pris fin le 15 septembre. Mais celle-ci continue à s’occuper du site sur une base mensuelle en attendant qu’un nouveau contrat soit octroyé après l’appel d’offres lancé le 21 juillet dernier. Du 16 au 30 septembre dernier, la STAM a ainsi reçu Rs 3,75 millions additionnelles avec l’approbation du Central Tender Board (CTB). Initialement, deux centres d’enfouissement devaient voir le jour, un à Mare-d’Australia et un autre à Mare-Chicose. Mais, en raison de pressions politiques et autres, le précédent gouvernement a mis le projet de Mare d‘Australia au placard. “Mare-Chicose devait, selon les prévisions, opérer avec une capacité de 400 tonnes de déchets par jour. A présent, elle traite 1 000 tonnes quotidiennement et cela pour les trois ans à venir”, soutient le ministre. Le CET a ainsi dû traiter 50 000 m3 de leachate (liquide provenant des déchets) au lieu de 33 000 m3. Une partie de ce liquide a même dû être envoyée à Saint-Martin. Des opérations pour le contrôle des émanations de gaz du centre d’enfouissement ont également dû être effectuées. “De nombreuses anomalies” Plusieurs éléments ont eu une incidence sur le coût d’opération du centre, explique le ministre. Ce dernier cite en exemple le fait que les camions transportant les déchets doivent être nettoyés. Tel n’était pas le cas avant et le nettoyage est devenu une nécessité après des plaintes des habitants de la région. “Lorsque le centre d’enfouissement a été dessiné, il y avait de nombreuses anomalies.” “Le volume de déchets est passé de 400 à 1 000 tonnes. Proportionnellement, cela ne correspond pas à la hausse du montant. Comment le ministre justifie-t-il que les dépenses sont passées de Rs 2,5 à Rs 8,5 millions par mois”, argue le leader de l’opposition. Selon lui, il, s’agit d’une “hausse massive” et injustifiée. “L’amélioration de la qualité de la vie” a également influé sur le prix à payer, soutient Joe Lesjongard. “Li pé fer l’or lor waste”, ironise pour sa part le député Madun Dulloo. “Tout a été approuvé par le CTB”, intervient alors le Premier ministre. Le prolongement du contrat de la STAM sur une base mensuelle est une tentative de favoriser cette société, soutient Navin Ramgoolam. Argument aussitôt réfuté par Joe Lesjongard qui soutient que “c’est sous le précédent gouvernement que des extensions de contrats se faisaient sans passer par des appels d’offres ”. Le leader de l’opposition reprend le ministre en demandant s’il peut confirmer si des travaux additionnels d’une valeur de Rs 70 millions ont été alloués à STAM. “Je confirme”, dit Joe Lesjongard. “Nous avions eu l’autorisation du CTB. Il y avait un Variation Order du contrat initial”, précise-t-il tout en déposant les documents relatifs sur la table. Il souligne que ce montant a été payé pour des travaux effectués après le passage du cyclone Dina vers début 2002. Navin Ramgoolam cible alors le nouvel exercice d’appel d’offres dont la date de fermeture était le 11 septembre. Quatre offres variant de Rs 1,1 à 1,5 milliard des soumissionnaires, ont été reçues. La STAM en fait partie et a soumis l’offre la plus élevée. Un comité d’évaluation, présidé par Arjoon Suddhoo, directeur du Mauritius Research Council et président d’Air Mauritius, analyse ces offres. Il soumettra ses recommandations vers la mi-décembre. Après avoir indiqué que le grand patron de la STAM était à Maurice au moment de l’extension du contrat, Navin Ramgoolam, demande si Joe Lesjongard sait que son propre conseiller Jean-Luc Salustro a rencontré le Chief Executive Officer de STAM. “Je ne suis pas en mesure de répondre à la question”, précise le ministre. “Pourquoi le contrat n’a-t-il pas été alloué à l’offre la moins élevée ?” attaque Navin Ramgoolam. “Pour la bonne raison que l’appel d’offres est toujours examiné par le comité d’évaluation”, répond Joe Lesjongard. Au tour d’Arvin Boolell de se lancer. Il ne manquera d’ailleurs pas d’animer l’hémicycle. Le député travailliste demande si le conseiller Salustro siège au comité. “Positif” répond le ministre. “ Est-ce que le ministre est au courant que M. Salustro rencontre régulièrement les gens de STAM”, demande alors le député. Et le Premier ministre de s’indigner en répliquant : “Shame ! Shame ! Pourriture !” dans un brouhaha. Le speaker, Dev Ramnah, intervient pour calmer les esprits et demande aux membres de l’opposition s’ils sont au courant d’une rencontre entre le conseiller et des membres de STAM. “Oui” , lancent en chœur les députés travaillistes. “Il y a un manque de transparence dans la procédure adoptée par le gouvernement. Tout cela pue plus que le dépotoir”, conclut Navin Ramgoolam. Historique Naissance de la controverse - De petit village paisible, Mare-Chicose est devenue un des lieux les plus controversés de Maurice. Depuis l’implantation du Centre d’enfouissement technique près du village, le quotidien de ses habitants a changé. A plusieurs reprises, des problèmes de pollution et d’émanations nauséabondes ont provoqué la colère des villageois. Le dernier gros mouvement de protestation date du début 2002. En janvier de la même année, le site avait même était déclaré zone interdite après qu’une quinzaine de vandales aient saccagé les lieux. Ouvert en 1997, le site recueille tous les déchets de Maurice, soit environ 1 000 tonnes par jour. Le gouvernement d’alors avait décidé de fermer les dépotoirs existants et de construire deux sites d’enfouissement technique. De fortes pressions politico-sociales devaient néanmoins faire basculer le projet de Mare-d’Australia, résultant en une surexploitation de Mare-Chicose. La gestion du site a été confiée à la Société de traitement et d’assainissement des Mascareignes (STAM), filiale d’IBL et de SITA. n°1 européen et n°4 mondial de la gestion des déchets, la multinationale française est présente dans 31 pays. Le site n’accueillera plus de déchets d’ici 3 ans. Il sera alors traité pendant six ans pour éviter des problèmes environnementaux. Pour alléger la pression sur Mare-Chicose, le gouvernement compte ouvrir un nouveau centre d’enfouissement technique dans le Nord.
Source : L’Express 15 Fevrier 2004 ![]() |
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