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Thierry goder
15 May 2020
Mauritius Together Covid-19

Thierry Goder, CEO d’Alentaris : “La crise du COVID-19 va sûrement changer le style de management ”

Le monde du travail est bouleversé par la pandémie du COVID-19. Avec des secteurs durement touchés et d’autres qui ont su s’adapter à la situation, le télétravail s’est normalisé et certains métiers sont valorisés. Thierry Goder, CEO d’Alentaris, nous parle des probables mutations post-COVID-19 au sein des entreprises.

 

Quelles seront les répercussions du confinement lié au COVID-19 sur le taux de chômage à Maurice ?

Le confinement est une mesure exceptionnelle qui, interrompant une grande partie des activités économiques, aura son incidence sur l’emploi à Maurice. En 2019 le taux de chômage avoisinait les 6,9%. Le ministre des Finances estime que nous pourrions atteindre 100 000 chômeurs fin 2020, soit 16,8% à 17% de la population active représentant 595 100 individus. Selon des faits rapportés, des licenciements ont déjà eu lieu malgré des mesures d’accompagnement à travers le Government Wages Assistance Scheme (GWAS). Certaines entreprises avaient même commencé à licencier avant le confinement car leurs activités sont liées aux marchés asiatique et européen.

 

Quels secteurs sont touchés par cet arrêt des activités économiques ?

Tous les secteurs sont touchés par cette crise sanitaire qui engendre une crise économique sans précèdent. Mais le tourisme, le textile, la construction et l’aviation sont plus touchés que d’autres. On parle aussi de l’immobilier. Les activités de sous-traitance et fournisseurs de services liés à ces secteurs sont durement touchés également. Il y a aussi la crainte des commerçants des centres commerciaux.

 

Doit-on s’attendre à un gel des recrutements après le confinement ?

Dans le cadre de nos activités, beaucoup de belles missions que nous étions en train de conduire ont été gelées et d’autres recrutements ont été annulés pendant le confinement. Il est clair que les secteurs les plus touchés ne recruteront pas après le 1er juin. Certains projets seront mis aux frigos et des départs prévus ne seront peut-être pas remplacés. Le gel des recrutements est largement associé à la capacité de l’entreprise à rebondir. Pour le tourisme, on parle d’un retour à la (nouvelle) normalité dans 15 à 18 mois.

À notre niveau, je suis content de constater que nous sommes sollicités pour des missions. Je précise que pour recruter, les entreprises ont besoin d’être rassurées. Les mesures prises ont sûrement sauvé les emplois et allégé en partie la masse salariale de beaucoup d’entreprises. Le COVID-19 Bill amènerait des mesures additionnelles, mais de mon point de vue, nous attendons un vrai plan de relance économique pour maintenir l’emploi et recommencer à recruter. Business Mauritius fait un travail remarquable avec la Mauritius Chamber of Commerce and Industry (MCCI), l’Association des Hôteliers et Restaurateurs de l’île Maurice (AHRIM), la Mauritius Export Association (MEXA), entre autres, pour proposer des mesures d’aide aux secteurs qui sont durement touchés et qui devront faire d’énormes sacrifices pour leur survie. Nous sommes TOUS dans le même bateau. Il ne s’agit pas de penser à moi, mais à nous. Je pense ici à la belle signification du mot “ubuntu” : je suis parce que nous sommes.

 

Les méthodes de recrutement changeront-elles après cette crise sanitaire ?

Le mode de recrutement évolue toujours. Les candidats, clients et prestataires de services étant confinés actuellement, nous nous adaptons à leur contrainte en conduisant des entretiens sur Microsoft Teams, Zoom et WhatsApp. Il est bon de noter que les recherches ont évolué et le recruteur surfe sur différentes plateformes pour trouver des profils qui sont souvent très rares.

Pour les Hiring Managers des multinationales, la crise va freiner certains déplacements dans différents pays. Ils privilégieront les visioconférences et s’appuieront sur des compétences des recruteurs locaux pour les assister afin de réduire les coûts.

Last but not least, l’intelligence artificielle (AI) a fait son apparition dans notre secteur, permettant aux entreprises d’identifier les candidats prometteurs, d’atteindre les objectifs d’embauche en matière de diversité, de fidéliser les meilleurs candidats et d’engager les talents.

Mais je dirais qu’un employeur voudra encore rencontrer son futur collaborateur pour avoir un meilleur feeling et valider ce qu’il aurait perçu à travers des visioconférences.

 

Est-ce que de nouveaux métiers vont naître après le confinement ?

Certains métiers naîtront sûrement. Le fameux ‘Work from Home’ y contribuera. Je pense aussi que nous verrons une valorisation des métiers qui touchent à la terre. Il y aura probablement des besoins dans le médical, la logistique et l’agro-alimentaire.

 

Quels secteurs sont les mieux préparés pour s’adapter aux changements nécessaires après la crise ?

Les secteurs des TIC et financier étaient déjà bien armés. Je pense aussi que ceux qui se sont mis au e-commerce pendant le confinement continueront à le faire après le 1er juin. D’autre part, les entreprises reconnues comme services essentiels qui ont dû s’adapter jour après jour au début du confinement sont aujourd’hui parfaitement rodées.

 

Que va changer la crise du COVID-19 dans nos méthodes de travail ?

Beaucoup de sociétés avaient mis en place le télétravail bien avant le confinement. Mais cette crise permet de tester ce modèle dans nos entreprises. Certains employeurs qui ont eu à s’adapter “de force” sont aujourd’hui convaincus par cette méthode. En discutant avec des collègues de différents secteurs, je comprends que cela marche. L’employeur et l’employé ont établi une relation de confiance avec une dose de souplesse et d’empathie car en confinement beaucoup sont aussi parents ou aides-soignants.

Certaines entreprises évalueront quels emplois peuvent être rationalisés en termes de présence physique. Cela pourrait même renforcer les échanges internationaux – si la présence physique n’est plus une nécessité, des salariés pourront travailler pour une entreprise étrangère depuis leur domicile.

Enfin, le style de management va sûrement changer. Nous allons revenir à des valeurs fondamentales comme le respect de l’autre, l’écoute et la solidarité. Nous allons apprendre à faire des sacrifices à tous les niveaux de l’entreprise. Je crois aussi que nous allons apprécier la chance d’avoir un travail et on realise aujourd’hui que rien n’est acquis. Le vrai leader devra s’y adapter pour avoir une belle synchronisation avec son équipe.

 

Peut-on s’attendre à des modifications dans le Workers’ Rights Act (WRA) 2019 ?

À l’heure où je vous parle, le COVID-19 Bill est débattu au parlement et certains amendements seront vraisemblablement apportés. Dans cet esprit de sacrifice, il y a des dispositions pour que l’employeur puisse déduire un nombre limité de congés annuels. Le time off fait aussi son apparition et la notion du Work from Home change. Le WRA parle de flexitime, mais pas en détail du télétravail. Je le redis, cette nouvelle manière de travailler invite à une relation de confiance employé-employeur. L’employé sera appelé à se responsabiliser et l’employeur aussi – ne pas faire une douzaine de visioconférences par jour pour (sur)veiller ce que fait l’employé ou envoyer des courriels inutiles juste pour s’assurer que son employé est connecté à son poste. Je suis pour une loi qui limite les abus et qui engage aussi l’employé.

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